Turbulences pour le gouvernement de Abbas El Fassi
Les menaces formulées par le RNI (parti de la coalition gouvernementale) de basculer dans l'opposition fragilisent le Premier ministre, Abbas El Fassi, qui pourrait être contraint de chercher de nouveaux alliés pour rester majoritaire.
Jeudi, le président du Rassemblement national des indépendants (RNI), Mustapha Mansouri, a évoqué un éventuel départ de la majorité après l'échec, mardi, de son candidat, Maâti Benkadour, face à celui de l'opposition pour la présidence de la Chambre des conseillers.
M. Mansouri et d'autres dirigeants du RNI soupçonnent des membres de leur formation d'avoir soutenu Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire-général du PAM (Parti authenticité et modernité), élu par 140 voix contre 100 à M. Benkadour.
L'hypothèse d'un passage à l'opposition sera discutée lors du conseil national du RNI, en décembre, a précisé M. Mansouri, également président de la Chambre des représentants.
Le RNI compte sept ministres (sur 31) au gouvernement.
Les propos de Mustapha Mansouri sur un éventuel retrait du gouvernement ont été contestés par un courant "réformiste" au sein du RNI.
Le chef de file de ce courant, le ministre des Finances Salaheddine Mezouar, par ailleurs membre du bureau exécutif du RNI, a ainsi déclaré à l'AFP que les propos de M. Mansouri "n'engagent que lui" et qu'il avait agi de "manière unilatérale, sans concertation avec les structures internes du parti".
Selon la presse marocaine, le RNI est aujourd'hui à la veille de l'implosion.
Face à l'éventualité d'un départ du RNI, le Premier ministre doit réfléchir à d'autres alliés potentiels, actuellement dans l'opposition.
Comme -entre autres- l'Union constitutionnelle (UC), qui compte 28 députés (sur 325) à la Chambre des représentants et 16 conseillers (sur 270) à la chambre conseillers.
Selon Mohamed Abied, secrétaire-général de l'UC, "ce gouvernement souffre d'une absence de cohésion et de solidarité", a-t-il déclaré à l'AFP. "Nous demandons à ce qu'il y ait des blocs homogènes au sein de la majorité".
"Au Maroc, les ministres et les parlementaires ont une relation ambiguë avec leur parti, dont les directives ne sont pas toujours suivies", a expliqué le politologue Mohamed Darif dans une interview à l'AFP. "Il n'y a pas de délimitation entre opposition et majorité au sein du parlement".
Si Abbas El Fassi choisit de remplacer le RNI par l'UC, le gouvernement basculera à droite, risquant ainsi des tensions avec ses alliés de gauche, comme l'USFP (Union socialiste des forces populaires) et le PPS (Parti du progrès et du socialisme), notent les analystes.
Le porte-parole de l'Association islamiste Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance), Fathallah Arsalane, s'étonne de cette situation. "Nous avons assisté à des conseillers issus des rangs de partis qui forment l'actuel gouvernement et qui ont voté pour le candidat du PAM. C'est insensé", s'indignait-il vendredi dans le quotidien Le Soir.
Résumant la situation à laquelle se trouve désormais confronté le Premier ministre, le quotidien arabophone Al Ahdat Al Maghribia estimait vendredi que "la corde de la potence constitutionnelle se resserre autour du gouvernement".
La coalition gouvernementale est aujourd'hui composée principalement de l'Istiqlal (dirigé par Abbas El Fassi), de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), du Parti du progrès et du socialisme (PPS), du RNI et du Mouvement Populaire (MP).
L'opposition parlementaire est, pour l'essentiel, formée du Parti Justice et Développement (PJD), du PAM et de l'Union constitutionnelle (UC).